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le jardin solidaire, du droit à la terre au droit de propriété

Le jardin solidaire, du droit à la terre au droit de propriété.

1. Définition : jardin partagé vs jardin militant.

Après avoir étudié le jardin militant , comme forme d’empowerment, mouvement d’autonomisation de collectifs locaux sur fond de révolution sociale, je souhaiterais à présent étudier le jardin militant comme forme de renouvellement des liens de solidarité entre les gens d’un quartier et au-delà, le jardin comme point de départ et aboutissement du lien social et des formes, multiples, d’entraides.

Je rappelle la notion de jardin militant, donné dans mon précédent article et ce qui la différencie de la définition de jardin partagé :

« 1 B.
Définition
Un jardin partagé est un jardin conçu, créé et cultivé collectivement par les habitants d’un quartier ou d’un village. C’est le plus souvent un jardin urbain, pour des urbains. Il est confié, sous convention, à une association pour une durée limitée. C’est un lieu ouvert sur le quartier, où chacun peut pousser la grille. Le dimanche, on vient flâner ; la semaine, ce sont les employés de bureau
qui viennent avec leur pique-nique. La règle veut que le portail reste ouvert quand un jardinier s'affaire.
Les différents types de jardins partagés
Les jardins collectifs désignent les espaces où l’on jardine en commun. Là, on bine et on désherbe sur une parcelle commune et on décide ensemble de ce qu'on va y faire pousser. Il y a aussi les jardins qui se présentent sous forme de parcelles individuelles. Il est aussi possible d’opter pour un mélange des deux formules.
(…)

On voit donc que la collaboration avec les élus et les institutions municipales est indispensable, quand on veut établir un jardin partagé. Mais certaines personnes ou groupements ne veulent ou ne souhaitent attendre la bénédiction des autorités locales. Je cite encore l’agence de l’environnement de Haute- Normandie :

« Les jardins militants
Désireux de se réapproprier l’espace public, certains décident de cultiver une friche abandonnée, le pied d’un arbre sur un trottoir. Ce sont des initiatives sauvages en forme d’actes de résistance. »

2. Trois exemples de jardins solidaires

Je m’appuierai sur trois exemples de jardins militants, celui de la Ruche à la Croix Rousse, à Lyon, déjà cité dans mon précédent article, celui des Lentillères à Dijon, et le Jardin Solidaire, à Paris XXème.

Les jardins militants, par delà les différences de situation locale, connaissent des caractéristiques communes.
Dans les trois cas qui nous occupent, ce sont des terrains abandonnés et en friche qui sont réoccupés et réquisitionnés par les habitants du quartier, dans un but plus ou moins précis de le réhabiliter pour en faire un jardin ainsi que pour développer des activités d’entraide, comme le soutien scolaire ou bien des secours aux habitants démunis ou sans papiers.

C’est, bien souvent, un vrai projet de contre-culture qui se met en place avec une culture de résistance et d’insubordination, de contestation des autorités en place.
Ainsi Olivier Pinalie, le fondateur du Jardin solidaire, impasse Satan, à Paris XXème, ne demande aucune autorisation à la mairie pour commencer à défricher et occuper le terrain. Bien au contraire, il s’inscrit dès le départ dans une attitude de rébellion et d’opposition à la mairie du XXème.
Et le projet du jardin des Lentillères à Dijon, s’inscrit dans un projet plus vaste, un projet politique, d’occupation des sols et d’une sorte de communauté automne et autogérée, comme l’exprime le nom du projet sur leur site internet : « Quartier Libre des Lentillères ».

Dès le départ, ce qui n’est d’abord que le Jardin des Maraîchers contient un projet politique de réappropriation de l’espace public par les habitants, de subvenir aux besoins de la communauté et de restaurer des liens de solidarité entre habitants, primo- arrivants, comme les sans- papiers ou les migrants ou bien installés depuis plus longtemps, comme les maraichers en quête de terre.

En effet, ce vaste terrain en friche qui a connu une occupation de 2010 à 2016, est une ancienne terre maraichère, que les maraichers ont quittée petit à petit devant l’avancée de l’urbanisation et de la spéculation immobilière au début des années 2000. Et dans ces années là, un certain groupe de Dijonnais se fédèrent en quête de terrains pour faire vivre leur projet d’autogestion et de mise en commun des ressources et leur choix se fixe sur le quartier des Lentillères, ancienne terre maraichère à la périphérie de Dijon.
Dès le début, ils savent que leur occupation sera précaire, car la mairie a le projet de racheter cet endroit pour construire et depuis 2013, ils savent que la marie de Dijon, qui a un ambitieux projet d’éco-quartiers dans l’agglomération di jonnaise, va y construire un éco quartier, dit des Maraichers. A partir de là, il s’agit de durer le plus possible, en se faisant connaitre dans le tout-Dijon par des actions en plein centre-ville, et en tentant de fédérer les habitants du quartier autour de la défense du projet.
C’est que beaucoup d’initiatives ont eu lieu dans ce terrain occupé à destination des locaux. Des spectacles, des marchés à prix libre où les jardiniers vendent le produit de leur récolte, des actions en faveur des sans papiers et des migrants. Un collectif « Pot ‘ Col « (potager collectif des Lentillières) s’est organisé pour fédérer toutes ces activités. Des liens sont noués avec la ZAD de Notre-Dame des Landes. Bref, c’est un vrai projet politique de contreculture et de démocratie participative qui se met en place, en opposition frontale avec la marie de Dijon.
Les Lentillères résisteront 6 ans et en avril 2016, la première de l’éco-quartier des Maraichers est posée. Face au droit de propriété de la mairie, qui acquit les terrains concernés et face à la puissance de la spéculation immobilière, le potager des Maraichers et son projet de société alternative ne fait pas le poids.

Le Jardin Solidaire de Paris XXème est celui des ces 3 jardins qui a connu la plus grande réussite, ce qui n’a pas empêché non plus à la fin des années 2000, de connaitre le même sort que les autres, être récupéré par la mairie d’arrondissement pour y construire un gymnase.
Au début des années 2000, un peintre –graveur, Olivier Pinalie, décide de sa propre initiative d’aller occuper un grand terrain en friche pour en faire un jardin. Les débuts sont fort difficiles, le jardinier est presque seul sur un terrain jonché de déchets et de rebuts et que les adolescents un peu loubards du quartier ont eu élu comme qg.
Petit à petit, il réussit à s’entendre avec des figures du quartier qui lui prêtent main forte et le jardin sort peu à peu de terre avec des hauts et des bas. Dès le départ, l’opposition entre la mairie d’arrondissement et les jardiniers est frontale, et les édiles n’auront de cesse de mettre à bas ce projet de jardin et de démocratie participative qu’ils ressentent comme une insulte à leur égard.
Bientôt, c’est toute une petite communauté qui s’organise autour de ce terrain, pour en faire un jardin digne de ce nom, avec des activités à destination des habitants, comme le soutien scolaire.
Une volonté de faire connaitre le jardin et de le pérenniser va en même temps qu’un désir de faire reconnaitre le jardin par les autorités en place. Des demandes de subvention à la Fondation de France sont mises en route et acceptés, le jardin devient un lieu connu et reconnu des parisiens qui viennent s’y promener le dimanche, des reportages photographiques et des films sont réalisés sur le jardin. Le Jardin Solidaire commence à devenir un lieu de promenade vraiment connu, et bon gré mal gré, il est intégré dans le réseau des jardins partagés de Paris, par une convention signée avec la mairie d’arrondissement.
Mais un an après, le Jardin Solidaire ferme ses portes pour être remplacé par un gymnase. La mairie du XX ème a réussi à faire valoir ses droits à la propriété et la puissance de la spéculation immobilière a eu gain de cause.

Face à cette occupation illégale et sans titre, les autorités municipales réagissent toujours avec une grande violence, à la mesure du dommage qu’ils estiment être commis par les occupants du terrain. A Dijon, ils font venir une pelleteuse pour faire de grands trous pour rendre le jardin incultivable, à Lyon, par trois fois le jardin et la villa attenante sont saccagés, et par trois fois les habitants les réoccupent.
C’est qu’il s’agit non seulement d’une question économique mais aussi d’une question politique. L’occupation de ces terres contrarie les projets immobiliers de la mairie, ce qui est un manque à gagner économique, mais surtout ils la frustrent de son droit légitime de propriété en lui opposant un droit à la terre et une revendication de gouvernement autonome des habitants par eux- mêmes. Et cela, c’est une revendication qu’aucune autorité en place ne saurait accepter. Face à cette manifestation de démocratie participative en acte, qui les met vraiment en cause comme détenteurs de l’autorité et de légitime propriétaire du terrain, ils ne peuvent que répondre par l’exercice de la violence, qui est un monopole des dépositaires de la puissance publique.

Voilà pourquoi ces jardins militants ne peuvent perdurer, à la différence des jardins partagés, car construits dès l’origine sur la contestation et l’opposition au pouvoir en place.
Face au droit à la terre et l’autodétermination, le droit de propriété et d’usage légitime de la violence des autorités locales s’imposent toujours. Les jardins militants, initiative de démocratie participative locale, sont dès l’origine condamnés à disparaître à plus ou moins brève échéance.

BIBLIOGRAPHIE

1. Ressources multimédias :

https://www.franceculture.fr/emissions/terre-terre/le-jardin-des-le...

https://www.franceculture.fr/emissions/terre-terre/le-jardin-des-le...

http://lentilleres.potager.org/

https://www.facebook.com/la.ruche.xrousse?fref=ts

http://www.rue89lyon.fr/2015/05/01/la-ville-de-lyon-part-labordage-...

http://www.makery.info/2015/07/28/mes-voisins-ces-squatteurs/

http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/seminar-2017-... : conférence de Pierre Charbonnier : L'ubiquité des modernes. Souveraineté territoriale et écologie globale

http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/seminar-2017-... : conférence de Sarah Vanuxem : La propriété comme faculté d'habiter la terre

http://www.college-de-france.fr/site/philippe-descola/seminar-2017-... : conférence de PIerre Dardot Les communs et la question de la souveraineté.

https://lejardindepensees.com/2015/08/19/du-jardin-partage-au-jardi...

2. Livres.

Olivier Pinalie, Chronique d’un jardin solidaire, une aventure humaine et botanique, Cnt-Rp, 2016.

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